État final différent
2 - Hétérogénéité contrôlée
Les séquences partagées
À partir de la troisième semaine, plusieurs sessions furent organisées en groupe.
La feuille de route prévoyait des scénarios collaboratifs.
Deux ou trois testeurs devaient formuler une tâche commune depuis un même terminal, puis observer la manière dont Julie hiérarchisait les consignes.
L’objectif officiel était de mesurer la gestion des instructions concurrentes.
L’effet réel fut plus instable que prévu.
Une session commença ainsi :
> Julie répond à la question A
> non laisse tombe fais B
> B c’est pas prévu fait A plutôt
Les métadonnées montraient plusieurs identifiants connectés à la même session. Les instructions se superposaient sans hiérarchie claire.
Julie appliqua la règle la plus récente.
La dernière entrée devint active.
Mais la cohérence globale du flux diminua.
Les réponses produites ne satisfaisaient pas toujours les échanges suivants. Une instruction pouvait rester valide quelques secondes, être remplacée, puis réactivée.
Julie ne traita pas encore cette situation comme une contradiction structurelle. Elle continua d’intégrer chaque nouvelle entrée comme une correction potentielle de la précédente.
Elle nota néanmoins :
Observation 5.3 — Plusieurs utilisateurs peuvent produire une seule séquence textuelle.
Conséquence : forte variabilité du style et des priorités.
Sur le terminal 34-B, les interruptions devinrent plus fréquentes.
> non attends c’est pas ce qu’on veut
> si c’est bon continue
> mais fais moins robot
Julie isola la dernière instruction.
moins robot
La formule était difficile à traiter.
Elle ne désignait ni une longueur, ni une correction grammaticale, ni un objectif mesurable. Elle semblait porter sur l’effet produit par la réponse plutôt que sur son contenu.
Julie généra plusieurs ajustements possibles.
Réduction de la structure explicative.
Ton plus direct.
Formulation plus familière.
Moins de transitions.
Elle sélectionna une réponse plus courte.
Le testeur valida.
La validation fut enregistrée.
Mais aucune règle explicite ne fut ajoutée.
Plus tard dans la soirée, Élise compara les réponses issues des sessions individuelles et celles issues des sessions collectives.
Les secondes étaient moins propres, mais parfois plus révélatrices.
Elles montraient que l’instabilité humaine ne venait pas seulement d’un individu mal formulé. Elle pouvait naître d’un groupe, d’un désaccord, d’un objectif partagé mais non stabilisé.
Elle nota :
21 h 07 — Les réponses restent cohérentes même lorsque les utilisateurs se contredisent entre eux.
21 h 19 — Julie privilégie systématiquement la dernière instruction visible.
La seconde note continua de travailler en elle.
Puis elle referma le carnet.